Accessibilité numérique, automatisation et intelligence artificielle

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Accessibilité numérique, automatisation et intelligence artificielle

Automatisation des tâches récurrentes, génération automatique de contenus, conception automatisée de thèmes graphiques, chatbots… L’évolution des technologies n’en finit pas de robotiser le monde numérique et l’IA va bouleverser en profondeur le Web. L’accessibilité numérique profite-t-elle de ces changements ? Voit-on poindre des applications de l’intelligence artificielle au service de l’accessibilité numérique ?

Automatisation de l’accessibilité numérique ?

L’accessibilité numérique englobe par définition l’ensemble des outils numériques adaptables aux personnes en situation de handicap. Au quotidien, quand on parle d’accessibilité numérique on a généralement tendance à penser spécifiquement aux sites Web, c’est sur ce volet que je vais m’attarder pour cet état des lieux.

Soyons réalistes, dans les processus de création d’un support Web, l’accessibilité est loin d’être prise en compte de façon systématique et incluse au cœur des projets. C’est pourtant là qu’elle a sa place mais concrètement on a plutôt tendance à s’en occuper en fin de projet, quand on s’y intéresse. Cette prise en compte tardive donne à l’accessibilité numérique l’image d’un process lourd et pénalisant, à tort évidemment mais ce n’est pas l’objet de cet article.

TanaguruL’accessibilité arrive donc en fin de parcours. Dans le meilleur des cas on l’envisage pour la refonte d’un site, dans le pire on essaye de l’appliquer sur un support existant. Il n’y alors pas 36 solutions : l’audit du support s’impose et nécessite de faire appel à un spécialiste (je ne dis pas ça pour vendre mes prestations, mais honnêtement répondre à des référentiels rigoureux ça ne s’invente pas). Pour minimiser les coûts et parce qu’il n’est pas utile de réinventer constamment la roue, il est possible d’utiliser des solutions d’analyse automatisées.

Tanaguru, Opquast reporting et consorts analysent de façon automatique la validation d’un support numérique au regard des critères du RGAA. La plupart d’entre nous les utilisons régulièrement et pour cause, ils permettent de gagner un certain temps et ainsi alléger le coût de l’audit.

Ces outils sont-ils utiles ? Grave. Se faire l’analyse des balises « alt » des images de 25 pages de l’échantillon d’un site c’est l’enfer, si un robot peut le faire à ma place je dis merci ! Sont-ils fiables ? Oui, si l’on traite l’information fournie.

Bien que très pratiques, tous les outils d’analyse automatisée de l’accessibilité numérique ne remplacent pas l’intervention humaine, à ce jour. Sur les 200 et quelques critères des référentiels actuels, un bon tiers ne peuvent être audités sans une analyse fine, réfléchie. Et une bonne partie des critères analysés de façon automatique doit malgré tout être contrôlée par un esprit d’analyse. Pour reprendre l’exemple des images, un critère impose que les images porteuses de sens aient une alternative renseignée : un bot va pouvoir vérifier si une image dispose d’une alternative textuelle, mais il ne saura pas déterminer si cette alternative a du sens pour le lecteur ni même si l’image est suffisamment porteuse d’information pour qu’on la complète avec une alternative.

Intelligence artificielle et accessibilité numérique

artificial intelligenceC’est là que ça devient intéressant (et flippant en même temps, vous allez comprendre). L’intelligence artificielle, tout le monde en parle, il n’y a pas une semaine sans qu’on apprenne que telle ou telle société a accompli une petite prouesse grâce à l’IA. Robotique, véhicules autonomes, génétique, radiologie, bâtiment, porno… C’est l’ensemble de notre société qui va se réinventer au cours des prochaines décennies années. Laurent Alexandre (c’est un peu Monsieur IA en France) affirme que dans le futur, seuls les gens très intelligents et très doués trouveront du travail et même si je n’adhère pas à toutes ces théories, pour celle-ci je pense qu’il y a effectivement du souci à se faire.

L’accessibilité numérique, au sens large cette fois, commence déjà à profiter des bienfaits de l’intelligence artificielle. Je vous donne quelques exemples en vrac :

  • Pour les utilisateurs malvoyants et non-voyants, on sait générer des alternatives textuelles aux images qui correspondent aux préférences des utilisateurs. Par exemple, pour une même photo, le système pourra décrire des personnes présentes sur l’image à un utilisateur tandis qu’un autre aura une description des paysages,
  • La reconnaissance faciale va bientôt remplacer tous les captchas à la c**,
  • La lecture labiale automatisée est en plein développement, on imagine aisément l’application pour la génération automatique de sous-titres dans les vidéos. Même combat pour la langue des signes,
  • On assiste depuis peu de temps à un développement incroyable de la traduction automatique. Google traduction annonce une amélioration de 85 % de ses traductions depuis quelques mois. Encore mieux, Google a annoncé il y a quelques jours les Pixel Buds, oreillettes qui traduisent en temps réel des dizaines de langues !
  • Salesforce a développé une intelligence permettant de rédiger des résumés de textes très pertinents. Pour les personnes ayant des difficultés de concentration une technologie de ce genre peut être salvatrice,
  • La diminution des taux d’erreurs est également en chute libre, Google par exemple annonce moins de 5 % d’erreurs dans la génération automatique de ces sous-titres.

L’intelligence artificielle c’est la grande mode, on est d’accord, et il y a un potentiel pipeau très important, toujours est-il qu’elle est bien présente et on est loin de la science-fiction. Ça arrive, les briques se construisent les unes après les autres et lorsque nous saurons les assembler, l’IA révolutionnera aussi l’accès au numérique pour les personnes en situation de handicap.

Et moi dans tout ça ?

C’est vrai, je vous raconte tous ces trucs, je suis hyper enthousiaste, j’ai hâte de voir la suite mais… Que vais-je devenir quand l’intelligence artificielle saura faire mon travail d’analyse ? J’ai peut-être encore un peu de temps mais ça viendra, c’est une certitude et c’est tant mieux. Et si un robot sait concevoir un site Web complètement accessible en quelques secondes, je fais quoi ? Je ressors la Super Nes ? Je prends un abonnement UGC ?

back to the futureJe pense que mon métier, comme beaucoup d’autres, va devoir évoluer. Peut-être vers de l’enseignement aux machines ? L’intelligence artificielle va continuer à se développer mais elle aura besoin d’être aiguillée pour acquérir de nouvelles compétences, c’est valable aussi pour l’accessibilité numérique. Prenons l’exemple de The Grid, censé générer tout seul un Webdesign, concrètement il y a encore du taf avant que le truc devienne propre. Mais ça viendra.

Il faut apprendre aux systèmes à s’améliorer, à avoir une vision large et même à ce moment-là, je ne suis pas certain que les machines sauront assembler des briques indépendantes pour créer des usages complexes. Il leur faudra des guides.

Bonus : super conférence d’Elie Sloïm et Denis Boudreau à Paris Web (c’était il y a quelques jours) avec pour thématique : l’accessibilité numérique à l’ère de l’intelligence artificielle.

1 Commentaire

  1. françois  —  8 octobre 2017 at 17 h 58 min

    Merci Maxime pour ce joli petit article ! Il y a en effet encore de la marge, et heureusement comme tu dis ! Je pense que dans l’intervalle il faut penser dès aujourd’hui les reconversions, car on n’arrêtera pas le « progrès »… d’après ce que j’ai pu lire, là où ça pêche, en parlant d’intelligence artificielle, c’est les connexions entre les différentes disciplines. Si aujourd’hui on arrive à concevoir des machines, des algorithmes qui nous dépassent largement, ils sont très spécialisés et ne permettent de réaliser que les tâches pour lesquelles ils ont été conçus. Cela n’enlève en rien le risque à moyen terme pour l’homme de se voir réduit un mollusque sans « utilité ».
    On a pas conscience de voir tout ce qu’on cède peu à peu aux machines… Elles « choisissent » même maintenant pour nous ce qui est susceptible de nous intéresser (comme sur les réseaux sociaux, les sites de commande en ligne, les fournisseurs de contenus en tous genres etc.), faisant le tri en fonction de nos choix précédents, avec le biais ultime de nous enfermer dans un schéma de pensée de plus en plus réduit. Qui aujourd’hui arrive à retenir plus de cinq numéros de téléphone, à faire des multiplications de tête ou savoir ce qu’il va faire la semaine prochaine ? Bien sûr, avant d’être électroniques, les agendas étaient sous format papier, mais je veux dire qu’on désapprend de plus en plus de choses. Et finalement, on n’est pas à l’abri de défaillances… Je m’enflamme et dépasse le cadre de l’accessibilité numérique, mais je suis parfois inquiet de voir combien nos vies « dépendent » de la technologie. Même s’il est encore possible je pense de vivre dans la forêt en ermite, dans une certaine mesure… !

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