Enseigner l’accessibilité numérique à l’université, mon retour d’expérience

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Enseigner l’accessibilité numérique à l’université, mon retour d’expérience

J’ai eu le plaisir d’enseigner dernièrement l’accessibilité à des étudiants en deuxième année de Master à l’université de Lorraine, plus précisément à Metz. Une expérience très enrichissante et formatrice. Résumé en une phrase : ça s’est très bien passé. Un peu plus de détails ? Voici mon retour d’expérience sur ces derniers mois plutôt intenses.

Ergonomie et Facteur Humain pour l’Accessibilité

Printemps 2018, la responsable de formation Interaction Humains Machines de l’UFR Mathématiques Informatique Mécanique et Automatique prend contact avec moi via LinkedIn, à la recherche d’un spécialiste en accessibilité numérique pour former une promo d’étudiants M2.

Université de LorrainePremier échange téléphonique, Isabelle Pecci me présente ses attentes et le fonctionnement du module : 24 heures d’enseignement, réparties entre cours magistral et travaux dirigés ; petite promotion de 12 étudiants. Nous abordons également les contraintes logistiques engendrées par mon handicap : des sessions de cours relativement courtes (deux heures) afin d’éviter une trop grande fatigue physique, également un enseignement à distance plutôt qu’en présentiel, pour avoir un accès optimal à mes outils informatiques adaptés.

À ce stade de la discussion, je me pose énormément de questions, pédagogiques pour la plupart mais également personnelles, notamment concernant ma capacité physique à assurer la mission. Cela ne m’empêche pas de donner un accord de principe à Madame Pecci, qui me demande en retour de lui proposer un plan de formation.

Préparation du programme

Cette opportunité de donner des cours était une première pour moi. Je suis expert en accessibilité numérique depuis des années, j’ai eu l’occasion de former pas mal de monde mais jamais dans un contexte universitaire et encore moins sur une durée aussi importante.

24 heures c’est très long et très court à la fois. Face à ma feuille blanche, je me retrouve confronté à une problématique qui persistera jusqu’à la dernière heure de cours : dans le temps qui m’est imparti, le contenu de formation est-il insuffisant ou à l’inverse trop conséquent ?

La préparation du plan de formation a demandé un travail conséquent. Livrable on ne peut plus modeste, un simple document PDF présentant les chapitres prévus avec pour chaque partie une liste de points abordés en cours ainsi qu’une estimation du temps dédié à chaque thématique. Le document fait moins d’une page mais j’ai passé plusieurs jours à travailler sur le sujet en essayant d’anticiper autant que possible la gestion du temps.

La responsable de formation valide le plan, on se donne rendez-vous six mois plus tard pour le début des cours. Ça laisse pas mal de temps pour avancer à mon rythme. Et comme on manque toujours de temps, je mets le paquet sur la finalisation de mes autres projets, en me disant que j’aurai l’esprit plus tranquille pour avancer sur la formation quand le reste sera terminé.

Tant et si bien que mi-octobre 2018, je n’ai pas vraiment avancé sur les cours, pas assez pour assurer pendant 24 heures devant des étudiants sur le point de devenir ingénieurs. Il serait peut-être temps de s’y mettre !

Vint le respect des enseignants (les vrais)

Robots épuisés par le travailGros coup de collier en novembre et décembre. Sans mentir je bosse comme un fou, je suis à temps plein sur la préparation des cours, j’y consacre toute mon énergie et fais en sorte d’avancer intelligemment avec toujours les mêmes objectifs en tête : être exhaustif dans le contenu, faire en sorte de ne pas assommer les étudiants avec un apport 100 % théorique, tenir dans les 24 heures accordées.

Je ne m’étais jamais vraiment posé la question avant mais courant décembre un constat implacable s’impose à moi : pour une heure de cours restitué il y a au moins cinq ou six heures de préparation. Alors certes je ne suis qu’un modeste enseignant vacataire mais quand même, je connais bien mon travail et ma méthode de préparation des cours était plutôt bonne je pense. Pendant ces deux mois je réalise à quel point les enseignants ont un travail de préparation important. Entre les cours, les supports de cours et la préparation des évaluations, je pense avoir travaillé au moins 200 heures. C’était la première année et je partais de zéro, ça demande forcément beaucoup de travail mais je ne m’attendais pas à cela.

La préparation des évaluations

La préparation des évaluations a été très intéressante également. J’ai choisi de faire présenter aux étudiants des exposés en groupe et en seconde évaluation un QCM. L’intérêt du devoir en classe est d’évaluer directement l’acquisition de connaissances et compétences, tandis qu’avec les exposés ils ont pu approfondir des sujets que nous n’avions pas le temps d’aborder en classe (par exemple l’intelligence artificielle au service du handicap ou encore l’accessibilité numérique dans les jeux vidéo).

Pour le QCM je pensais au départ partir sur une soixantaine de questions, j’avais l’intention de couvrir une grande partie des sujets abordés en classe. Après réflexion, je me suis aperçu que j’étais beaucoup trop ambitieux. J’ai revu ma copie en réfléchissant à une méthode d’évaluation pertinente, ce qui m’a conduit au raisonnement suivant : donner aux étudiants quatre fois plus de temps que je mettrais à traiter une question. Ce qui a abouti à 20 questions, je pense que la balance était bien équilibrée : tous les étudiants ont pu finaliser le questionnaire dans les temps.

La deuxième évaluation portait sur un travail de groupe. J’avais créé des groupes aléatoires et imposé à chacun un sujet. J’ai passé pas mal de temps à déterminer les critères d’évaluation, que j’ai transmis aux étudiants par souci de transparence.

Déroulement des premiers cours

Bébé qui ferme le poing comme pour montrer une victoireJ’avais placé des attentes très fortes dans les premières séances de formation. Elles seraient pour moi l’occasion d’évaluer la gestion du temps, l’efficacité des cours à distance et ma capacité à tenir le crachoir pendant plusieurs heures.

Physiquement j’ai tout de suite été rassuré, je craignais vraiment d’être essoufflé ou trop fatigué pour pouvoir articuler correctement au bout d’un certain temps. Au final ça s’est plutôt bien passé, je pense que deux heures c’est ma limite haute. J’avais fait en sorte de créer de l’interaction autant que possible, ce qui me permettait de récupérer discrètement lorsque les étudiants prenaient la parole. Ceux qui me connaissent bien savent que j’ai la mâchoire capricieuse, à la fin de chaque cours ça me travaillait mais rien d’ingérable. Inquiétude principale : check.

Check également pour le reste. Bonnes interactions avec les étudiants, aucun ne s’endort pendant les cours, les supports de cours PDF sont corrects et je m’aperçois que j’avais anticipé la gestion du temps avec une précision coquette puisque je termine le module avec une heure d’avance, ce qui m’a permis de proposer quelques révisions aux étudiants avant d’évaluation de fin de cycle.

Conclusion

Je me suis régalé. Le travail de préparation était très intéressant et je me suis découvert un plaisir à transmettre mes compétences, j’aime enseigner alors que je n’ai jamais été un étudiant épanoui, contradictoire le bonhomme.

Évidemment c’était loin d’être parfait. Je ne suis pas un enseignant professionnel, je suis un professionnel qui enseigne. Il y a plein de choses qui méritent d’être améliorées dans mon programme et j’entends bien mettre au point une V2 pour l’année prochaine, notamment dans le fait d’équilibrer un peu plus la balance entre apport théorique et travaux pratiques.

Des améliorations donc mais tout de même un enseignement de qualité je crois. Mes étudiants ont montré un intérêt réel pendant les cours et sont satisfaits de la prestation, d’après les retours que j’ai pu avoir. Je pense qu’ils ont intégré les bonnes pratiques en accessibilité dans leurs méthodes de conception, bingo. L’UFR également satisfait, la mission sera reconduite l’an prochain !

1 Commentaire

  1. MONTALANT NATALIE  —  10 avril 2019 at 20 h 02 min

    C’est un beau challenge, je te félicite.

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